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VIOLENCES SEXUELLES : PARCE QU’IL FAUT EN PARLER

Quelques chiffres qui font froid dans le dos

  • les victimes de violences sexuelles représentent 10% de la population française
  • 85% des victimes sont des femmes, dont la moitié est mineure
  • 1 viol est commis sur un mineur chaque minute en France
  • les crimes et délits à caractère sexuel enregistrés par la police et la gendarmerie ont augmenté de 6% en 2023
  • seulement 2% des personnes de 18 à 74 ans victimes de violences sexuelles hors cadre familial portent plainte, ce qui sous-entend que les chiffres connus sont largement sous-estimés
  • des conséquences sur la santé mentale des victimes sont observées dans 96% des cas
  • des conséquences sur la santé physique des victimes sont observées dans 69% des cas

Au vu de ces statistiques, nous avons tous des personnes victimes de violences sexuelles autour de nous, que nous le sachions ou non. Si c’est un sujet dont on parle plus librement depuis quelques années, notamment grâce au mouvement #MeToo, le constat est alarmant.

De plus, il y a encore trop de victimes silencieuses, qui n’osent pas dénoncer ce qu’elles subissent ou ont subi. Et peut-être plus grave encore, lorsqu’elles se décident à en parler, trop de personnes ne sont pas écoutées, ou pas comprises, ce qui ajoute une violence supplémentaire à leur vécu déjà difficile.

Parce que nous sommes tous concerné.e.s, je souhaite partager avec vous quelques éléments, pour qu’on ne puisse plus dire qu’on ne savait pas ou que l’on n’a pas su quoi faire.

Impact sur la vie et la santé des victimes

Quelles que soient les violences subies, il y a forcément des répercussions, plus ou moins importantes, plus ou moins conscientes, et plus ou moins exprimées.

Diverses enquêtes1 mettent en lumière le fait que l’impact des violences sexuelles sur la santé physique est estimé comme important pour près de 70% des personnes interrogées. Parmi les différentes répercussions, on peut citer :

  • des pathologies diverses causées par le stress et les perturbations hormonales
  • des douleurs chroniques
  • des addictions diverses (tabac, alcool, drogue)
  • des conduites à risque
  • des troubles du comportement alimentaire (anorexie et boulimie)
  • de la fatigue chronique
  • des maladies ou troubles à répétition comme les infections urinaires, migraines, fibromyalgies, problématiques de peau…
  • des grossesses indésirées et des IVG en cas de viol ou d’inceste
  • un seuil de résistance à la douleur anormalement élevé, qui peut entraîner l’aggravation de certaines situations par leur non prise en compte

L’impact sur la vie affective, familiale, amoureuse et sexuelle est également rapporté pour la majorité des victimes, et ce d’autant plus que les violences ont commencé tôt et/ou se sont inscrites dans la durée.

Près de la moitié rapporte aussi des répercussions sur leurs études et/ou leur carrière professionnelle.

Les situations de précarité et d’exclusion sont trois fois plus importantes parmi les victimes de violences sexuelles que dans la population française.

Les conséquences sur la santé mentale sont certainement les plus importantes et les mieux documentées, puisque la quasi totalité des victimes en fait état. Parmi celles-ci on peut mentionner les symptômes suivants, souvent associés, ce qui crée une souffrance psychique importante :

  • perte d’estime de soi
  • anxiété
  • troubles du sommeil
  • stress et irritabilité
  • phobies
  • épisodes dépressifs
  • troubles de la personnalité
  • impression de décalage par rapport aux autres
  • symptômes dissociatifs comme nous allons le voir plus loin

Sur le plan émotionnel, les sentiments de honte et de culpabilité sont très fréquents et peuvent s’avérer envahissants.

Les victimes rapportent aussi souvent une certaine anesthésie émotionnelle, l’impression d’être déconnectés des événements, de ne ressentir aucune émotion. Ce phénomène de protection constitue pourtant un facteur de risque d’exposition à de nouvelles violences et traumatismes, et peut entraîner des comportements à risque.

Mieux comprendre les mécanismes de survie

Les personnes ayant subi des violences sexuelles développent fréquemment des troubles de stress post-traumatiques (TSPT), entraînant de nombreux effets sur la santé et sur la qualité de vie, comme nous venons de le voir. Voici quelques manifestations qui caractérisent ce phénomène :

La personne peut avoir des flash-backs, revivre son traumatisme lors de cauchemars, revoir des images et des scènes comme si c’était de nouveau réel. Elle peut également ressentir des perceptions sensorielles qui s’imposent sous forme d’illusions ou d’hallucinations.

On comprend que cela mette la personne en état de grande fragilité psychique et ait des conséquences sur de nombreux aspects de sa vie.

Alors que la plupart des souvenirs s’émoussent avec le temps, dans le cadre d’un traumatisme important et non réglé, la mémoire traumatique va faire revivre à la personne la situation traumatisante encore et encore, avec toujours la même intensité. La victime qui souffre de SSPT va avoir l’impression de revivre son souvenir traumatique comme si c’était la réalité, avec le même ressenti émotionnel, les mêmes sensations physiques et psychiques. Ce souvenir reste inscrit dans le cerveau, et peut remonter à la surface sans crier gare, dès qu’un détail (endroit, odeur, émotions, paroles…) rappelle la situation subie initialement.

Afin de faire face à la situation, un mécanisme de survie se met en place, il s’agit de la dissociation, d’autant plus fréquente que la victime reste exposée à la présence de son agresseur ou à d’autres violences. C’est un phénomène qui peut surprendre, et qui explique que trop souvent les victimes sont incomprises et leur souffrance insuffisamment considérée.

La dissociation représente une réponse protectrice du cerveau pour faire face à un stress intense, à l’image d’un disjoncteur qui agit pour préserver tout le système. La personne dissociée va alors se sentir complètement déconnectée de toute émotion, ne ressentant plus rien, avec l’impression d’agir comme un robot.

Cette attitude est souvent mal perçue par l’entourage, et peut laisser croire que la victime n’est pas atteinte, pas concernée, alors que c’est justement la solution qui lui permet de survivre suite à des événements traumatisants. Ce semblant d’indifférence entraîne par effet miroir l’indifférence de l’entourage, et expose la victime non protégée à de nouvelles violences.

Un autre mécanisme de survie lié est l’amnésie traumatique, qui fait que la victime aura complètement gommé de sa mémoire les violences subies. Elle ne se rappellera ainsi pas le souvenir de la situation vécue, mais des ressentis, impressions, et symptômes pourront refaire surface, augmentant d’autant plus le mal-être et les troubles psychiques.

Cette amnésie traumatique peut disparaître plusieurs années après l’arrêt des violences, confrontant la personne à une grande détresse. Là encore il est important d’avoir connaissance de ce phénomène pour comprendre que les victimes ne sont tout simplement pas en mesure d’expliquer ce qui s’est passé lorsqu’on les interroge. Leur mémoire a été effacée pour les protéger de souvenirs insupportables à revivre, mais elles ont pourtant bien vécu ces situations, et lorsque celles-ci remontent à la conscience le choc peut être extrêmement violent.

Devant ce stress massif, les personnes souffrant de SSPT sont en hypervigilance permanente et souvent menées à mettre en place (le plus souvent inconsciemment) des conduites d’évitement ou de contrôle de leur environnement. Elles risquent ainsi de développer des phobies, de troubles obsessionnels compulsifs (TOC), des angoisses de séparation, des addictions qui leur permettent de s’anesthésier émotionnellement (alcool, drogues) ou des conduites à risque (sports dangereux, auto-mutilations, mise en danger en voiture, conduite sexuelle à risque…). Tous ces comportements ont pour but d’éviter à la victime de ressentir la souffrance liée aux violences subies.

Le tableau peut sembler assez noir, mais c’est bien la réalité de nombreuses personnes qui souffrent au quotidien, plus ou moins silencieusement, d’où l’importance d’en prendre conscience.

Un suivi psychologique par un professionnel compétent est bien entendu tout à fait souhaitable.
Il existe également certaines techniques visant à libérer les traumatismes et les émotions comme par exemple l’EMDR, l’EFT, la méthode TIPI, les fleurs de Bach (qui elles se concentrent sur le ressenti émotionnel du moment sans chercher à remonter au traumatisme). Là encore, il est important de s’orienter vers des personnes qualifiées et aptes à prendre en charge ce genre de situations.

La naturopathie peut bien entendu venir en complément, avec tout ce qu’elle peut apporter pour faire face au stress, mais elle ne se substitue en aucun cas à un suivi psychologique approprié.

Repérer les signaux d’alerte

J’ai assisté il y a quelques mois à une conférence de l’association Colosse aux pied d’argile sur la prévention des violences sexuelles dans le milieu sportif. Un des points soulignés était qu’il est souvent difficile pour une victime de violences de se confier. Il y a toutefois quelques signes qui peuvent alerter. Cette liste est non exhaustive, et ces manifestations ne sont pas forcément spécifiques aux violences sexuelles, mais je trouve que cela constitue déjà une base intéressante :

Chez l’enfant d’âge scolaire :

  • changement de comportement
  • difficultés d’apprentissage
  • phobie scolaire
  • pudeur excessive et / ou inhabituelle
  • conduite hypersexualisée
  • énurésie et encoprésie secondaires (alors que la continence était acquise)
  • migraines et crampes abdominales
  • difficultés à s’intégrer

Chez l’adolescent, on peut retrouver les mêmes signes auxquels peuvent se rajouter :

  • absentéisme, échec scolaire
  • idées dépressives ou tentatives de suicide
  • troubles du comportement alimentaire
  • consommation d’alcool, drogue
  • addictions
  • comportements autodestructeurs, scarification
  • mensonges
  • conduites à risque
  • comportement sexuel dissolu
  • fugues

Recevoir la parole et accompagner les victimes

Voici également quelques lignes de conduite conseillées par Colosse aux pieds d’argile dans le cas où la victime se confie :

  • ne pas dramatiser, ne pas minimiser, s’efforcer de maîtriser ses émotions dans la mesure du possible
  • ne jamais mettre en doute la parole de la personne, même si les propos semblent flous ou incohérents
  • féliciter la personne pour ses révélations et son courage, la remercier pour sa confiance
  • rappeler à la victime qu’elle n’est pas coupable mais victime, que ce n’est pas à elle d’avoir honte
  • protéger la vie privée de la personne, tout en respectant l’obligation de signalement2

Muriel Salmona3, psychiatre-psychothérapeute particulièrement engagée sur le sujet des violences sexuelles, souligne :

Nous avons tous un rôle à jouer. Le premier pas est de s’informer, et si vous m’avez lue jusqu’ici vous êtes désormais plus à même de comprendre et de soutenir les victimes. Merci pour elles.

Sources et références :

  1. Rapports d’enquêtes. (s. d.). https://www.memoiretraumatique.org/publications-et-outils/enquetes.html ↩︎
  2. Bienvenue sur le portail de signalement de Colosse aux pieds d’argile. (s. d.). https://colosse.signalement.net/entreprises ↩︎
  3. Salmona, M. (2021). Violences sexuelles en 40 questions : les 40 questions-réponses incontournables. ↩︎

Pour aller plus loin :

Colosse aux pieds d& # 039 ; argile. (2023, 23 novembre). Colosse aux pieds d’argile. Colosse Aux Pieds D’argile. https://colosse.fr/

Déni, S. A. (s. d.). STOP AU DÉNI. STOP AU DÉNI. https://stopaudeni.com/

Ministère chargé de l’égalité. (2022, 21 novembre). Les conséquences psycho-traumatiques des violences : sidération, dissociation, mémoire traumatique [Vidéo]. YouTube. https://www.youtube.com/watch?v=v-sdhm_dM7Q

Salmona, M. (2022). Le livre noir des violences sexuelles.

Cet article a été rédigé à 100% par un humain.

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